Interview de Gaël Blondelle, directeur de la fondation Eclipse pour l'Europe

Dans le cadre de la conférence Eclipse Con France 2015 qui se tiendra à Toulouse les 24 et 25 juin 2015, nous avons rencontré Gaël Blondelle.

Ce dernier nous présente son parcours, son implication dans l'événement, son rôle dans la fondation Eclipse et quelques informations sur la vie de la communauté.

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I. Présentation de Gaël Blondelle

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Gaël Blondelle

En quelques mots, qui es-tu ? Quel est ton job ?

Je suis un des Directeurs de la Fondation Eclipse, en charge d'animer et de développer l'écosystème Eclipse en Europe.

Quel est ton parcours ? Que faisais-tu avant d'être à la Fondation Eclipse ?

Mon parcours se résume en trois parties :

  • Tout d'abord développeur/architecte, autour des Télécoms (Alcatel, Orange), et de Java et des middlewares (Valtech).
  • Ma période entrepreneur en tant que cofondateur de PetalsLink, la société qui développait Petals, l'ESB open source d'OW2. Très formateur !
  • Et la partie Eclipse, depuis 2010, tout d'abord avec Obeo pour gérer le projet de recherche OPEES qui a donné lieu à la création de PolarSys, puis au sein de l'équipe de la fondation depuis 2013.

Quels sont tes prochains projets au sein de la Fondation ?

Pour les semaines à venir EclipseCon France les 24 et 25 juin et la préparation de l'Unconference les 22 et 23 occupent tout mon temps. On va rassembler près de 300 participants pour cette édition. C'est le temps fort de l'année pour la communauté française. On prend notre dose d'Eclipse avant de partir en vacances :). C'est beaucoup de travail avec l'équipe pour que tout soit prêt pour le jour J et que les participants aient une expérience pleine de rencontres, enrichissante et aussi festive. Je vous garantis que le Program Committee, mené par des intervenants éminents du forum Eclipse de Developpez.com comme Mickaël Istria et Alain Bernard, nous a concocté un super programme. Que du lourd !

Plus généralement, mon objectif, c'est de développer la communauté en Espagne et Italie, Hollande… et rendre plus actif l'écosystème en France, mais on y reviendra.

Tu es très impliqué dans un Working Group, PolarSys ? Quel est le but de ce groupe, et quel est ton rôle dans PolarSys ?

PolarSys (http://polarsys.org) est notre Working Group pour les solutions d'ingénierie systèmes et de développement des systèmes embarqués (cf. polarsys.org/solutions). Chaque Working Group a un chef de projet à la fondation, et je suis le chef de projet en charge de PolarSys. Ceux qui connaissaient Topcased retrouveront leurs petits dans PolarSys, que ce soit pour la modélisation, ou la génération de documentation, mais plus globalement, on vise à proposer des solutions pour couvrir tout le processus de développement. Ce qui est très intéressant dans ce working group est que de grands groupes comme Ericsson ou Thales ont une vraie stratégie d'usage et de contribution à des outils open source. Et qu'ils peuvent s'appuyer sur des organisations comme le CEA, Atos, Obeo pour les aider à développer les solutions qui répondent exactement à leur besoin : que ce soit de supporter les outils pendant 25 ans, d'améliorer les capacités de collaboration d'équipe pour les outils de modélisation, de couvrir de nouvelles phases de développement comme la gestion des exigences (sujet qui devrait monter en puissance l'année prochaine)…

II. Eclipse en général

Quels sont les prochains enjeux d'Eclipse ? À quels défis la plate-forme doit-elle faire face ?

La release annuelle « Mars » est un enjeu important pour nous à court terme. C'est la dixième release synchrone, et elle apporte des fonctionnalités vraiment intéressantes, en particulier pour l'IDE Java, mais j'y reviendrai. On célébrera cette release le soir du 24 juin pendant la conférence à Toulouse.

À moyen terme, l'enjeu est de réussir à développer notre écosystème dans les nouveaux domaines représentés par nos sept Working Groups (http://eclipse.org/org/workinggroups/). En plus de PolarSys dont j'ai déjà parlé, je citerai l'IoT Working Group (http://iot.eclipse.org/) où la fondation Eclipse prend un rôle de leader en tant qu'écosystème open source pour les outils, protocoles et frameworks IoT ; LocationTech (http://www.locationtech.org/), qui couvre le traitement, la visualisation et le stockage de données géolocalisées et le Science Working Group (http://science.eclipse.org/) pour le traitement et la visualisation de données scientifiques. Ce sont des domaines où on n'attend pas forcément la fondation Eclipse, mais où on est très actif et pertinent. D'ailleurs, le programme d'EclipseCon France fait la part belle aux talks PolarSys, Science et IoT.

Un autre objectif, plus spécifique à l'écosystème européen : devenir un canal de dissémination privilégié pour les projets de recherche qui créent des résultats en open source. Bien souvent, l'open source est cité dans les propositions de projets, car c'est apprécié par les financeurs (la commission européenne, le gouvernement) selon le principe de : « Vous recevez de l'argent public, vous devriez donner accès à une partie de vos résultats via l'open source ». Malheureusement, la mise en open source est souvent désastreuse, faite à la va-vite, ou en publiant un projet open source « mort-né » à la fin du contrat de financement. Notre idée est d'aider ces projets, dès qu'ils ont créé leur premier prototype, à publier en open source au sein de notre écosystème, et à profiter de deux ans pour tenter de trouver leur public.

Pourquoi Eclipse est-il si particulier ?

Je pense qu'Eclipse est vraiment le lieu pour faire du « business friendly open source ». Depuis le premier jour, l'objectif d'Eclipse a été de construire un environnement open source pour collaborer sur une plate-forme, et pour rendre possible la création de produits commerciaux au-dessus de la plate-forme. Nos services, comme l'analyse du code pour éviter des incompatibilités de licences ou autres problèmes de propriété intellectuelle, et notre licence sont explicitement conçus pour aider à cet objectif.

Et la magie d'Eclipse est que c'est un écosystème open source où à la fois les développeurs et leurs employeurs trouvent leur compte. Côté développeurs, on retrouve la méritocratie chère à tous les écosystèmes open source. Et côté entreprises, c'est un lieu où on peut collaborer autour d'un standard par exemple, ou c'est utilisé comme un vecteur marketing intéressant.

Donc je dirais aux développeurs qui lisent cette interview : « Venez nous voir avec vos projets, nous sommes prêts à vous aider à convaincre vos managers qu'Eclipse est bon pour eux. »

Du point de vue de l'environnement de développement, on a l'impression qu'Eclipse perd du terrain face à IntelliJ, qu'en penses-tu ?

Sur Java et le Web, IntelliJ nous a certainement pris des développeurs. Mais j'ai remarqué dans les conférences comme Devoxx, que les développeurs sont surtout en attente d'un « meilleur Eclipse ». Ils apprécient le système de plugin, et le côté ouvert de la plate-forme, mais ils veulent aussi qu'Eclipse intègre mieux leur stack de développement. Et je dirais qu'IntelliJ nous aide à devenir meilleurs sur ces sujets :) : la release Mars va vraiment apporter des nouveautés importantes à ce sujet.

Dès Luna, en plus du support complet de Java 8, nous avons commencé à apporter quelques « petites choses » que les développeurs ont appréciées : le « dark theme », la capacité de splitter les éditeurs, la numérotation des lignes par défaut, une meilleure occupation de l'espace…

Avec Mars, nous apportons plusieurs éléments majeurs : pour la première fois, grâce au projet Oomph, on va proposer un installer natif pour Eclipse. Et Oomph permet aussi de provisionner complètement un workspace pour être prêt à développer en quelques minutes. On l'utilise au niveau des projets Eclipse pour faciliter les contributions, mais c'est au niveau des grosses équipes de développement que c'est le plus intéressant. Imaginez que le temps qu'un nouveau développeur fasse le tour pour dire bonjour à l'équipe, son environnement de développement soit configuré complètement pour le projet sur lequel il doit travailler : connexions aux repo Git, Gerrit et au tracker de bug comprises.

La deuxième fonctionnalité majeure de « Mars » est à mon avis l'error reporter. Il permet de remonter un bug directement aux développeurs via un serveur de la fondation, et il identifie aussi les « freeze » sur l'IHM. Ainsi, les développeurs des projets Eclipse peuvent être plus réactifs sur la correction des bugs rencontrés par les utilisateurs. Et puis, c'est important aussi, car quand les utilisateurs découvrent que leur Eclipse fonctionne mal alors, il s'agit le plus souvent de l'installation d'un plugin inadéquat qui interagit mal avec le reste de leur installation. Avant, on n'avait pas de moyens d'identifier ces incompatibilités. Maintenant, elles remontent automatiquement. « Mars » apporte aussi le support de Gradle avec le projet Buildship (http://eclipse.org/buildship), la recommandation des API les plus utilisées avec Code Recommanders activé par défaut, l'édition markdown…

Enfin, on commence aussi à proposer le partage de préférences entre workspace. Et dès la prochaine version, il sera possible de partager ses préférences avec son équipe.

En conclusion, je dirais que ceux qui attendaient un peu plus de dynamisme côté Eclipse ne seront pas déçus par « Mars ». De là à dire que « Mars Attack! », je vous propose de venir vérifier cela à la conférence.

III. Scène française

Que penses-tu de l'implication des développeurs français autour d'Eclipse ?

Je dirais : « pas mal, mais peut mieux faire ». En Europe, l'Allemagne est encore bien plus dynamique que nous. Nous avons quelques lieux où l'écosystème est dynamique : Toulouse, Nantes, Grenoble, et Paris, mais je suis sûr que beaucoup de développeurs Eclipse sont encore tapis dans l'ombre. Nous avons un vivier important de développeurs qui étendent Eclipse dans leur entreprise sans en parler autour d'eux. Les développeurs français n'ont pas toujours l'habitude de partager leur expérience, et c'est dommage.

En tout cas, je sais que les entreprises recherchent des développeurs Eclipse, donc il ne faut pas hésiter à se lancer. Même si la courbe d'apprentissage est un peu dure au début, il y a énormément de ressources pour vous aider comme les forums Développez.

D'ailleurs, j'en profite pour passer un appel à toutes les bonnes volontés pour organiser des événements en soirée (des Eclipse DemoCamps) ou sur une journée (des Eclipse Days). Nous pouvons aider les organisateurs de ce type d'événements en les connectant avec des speakers potentiels, en proposant des interventions et en finançant les pizzas. Donc si vous êtes motivés par une soirée Eclipse dans votre ville ou en partenariat avec votre JUG, faites-moi signe.

Quels sont les secteurs industriels privilégiés par Eclipse ?

On retrouve nos fameux working groups et ça commence à couvrir beaucoup de domaines : l'automobile, les télécoms, l'aérospatial…

L'open source n'est plus un mot tabou dans les entreprises, et faire de l'open source à travers Eclipse est plutôt rassurant. On a régulièrement des sollicitations pour étudier la création de nouveaux Working Groups. Par exemple, on a des contacts dans le domaine de l'énergie pour partager une plate-forme de gestion pour les smart-grid, d'autres discussions pour faire de l'open hardware pour les systèmes embarqués…

Que penses-tu de Developpez.com pour Eclipse en général ? Quels conseils donnerais-tu pour dynamiser notre communauté ?

Développez est vraiment une mine d'or pour ceux qui cherchent des ressources en français autour d'Eclipse. Je pense que tous les développeurs viennent fureter pour lire vos publications et vos forums. Et puis quelle durabilité. Bravo ! Et j'apprécie de voir émerger de nouveaux visages dans la communauté Eclipse qui passent par Developpez et prennent un rôle de plus en plus important dans la communauté. Je pense à Alain Bernard par exemple, qui a participé au Program Committee d'EclipseCon France cette année.

Pour dynamiser la communauté, je pense qu'on partage la même envie et les mêmes besoins. On devrait s'associer pour faire un tour de France Eclipse ! Chiche !

IV. Remerciements

L'équipe de Developpez.com se joint à nous pour remercier chaleureusement Gaël Blondelle, pour sa participation à cette interview ; nous lui souhaitons bonne chance pour l'événement EclipseCon France 2015.

Nous adressons également nos remerciements à f-leb pour sa relecture orthographique.

V. Annexes

V-A. EclipseCon France 2015

Retrouvez EclipseCon France 2015 et toutes les informations pratiques à l'adresse : http://www.eclipsecon.org/france2015/.
Retrouvez toutes les sessions qui seront au programme à l'adresse : https://www.eclipsecon.org/france2015/conference/program/sessions/schedule.

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EclipseCon France 2015

V-B. Autres liens utiles

Retrouvez Gaël Blondelle sur les réseaux sociaux : @gblondelle

Redécouvrez l'interview de Mickaël Istria

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